Enjeux communicationnels de la patrimonialisation de la mémoire de l’esclavage

Communication présentée au Colloque international sur la mémoire de l’esclavage, l’héritage colonial et la décolonisation du savoir

92ᵉ Congrès de l’Acfas – Section 300 : Lettres, arts et sciences humaines

Dans le cadre du 92ᵉ Congrès de l’Acfas, cette communication a été présentée au colloque international sur la mémoire de l’esclavage, l’héritage colonial et la décolonisation du savoir, au sein de la Section 300 – Lettres, arts et sciences humaines. Elle s’inscrit dans une réflexion critique sur le patrimoine issu de la traite négrière et de l’esclavage, que l’UNESCO considère comme pouvant devenir « un vecteur de réconciliation, d’éducation et de développement » (UNESCO, 2014).

La communication aborde la patrimonialisation de la mémoire de l’esclavage comme un phénomène de communication publique, en analysant le rôle des discours institutionnels et des pratiques communicationnelles dans la construction sociale de cette mémoire. Elle s’intéresse particulièrement à la manière dont les récits publics participent à la reconnaissance – ou à l’occultation – de certaines dimensions du passé esclavagiste dans l’espace public.

À partir d’études de cas menées en Haïti auprès de deux institutions publiques clés, l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN) et le Bureau national d’ethnologie (BNE), la recherche met en lumière deux enjeux majeurs. Le premier concerne la marginalisation de la mémoire victimaire de l’esclavage, qui se traduit par une faible visibilité des objets culturels associés à la souffrance, à la servitude et à l’expérience quotidienne des esclaves. Cette mémoire est souvent éclipsée au profit d’une valorisation des symboles de la résistance et de la fierté nationale, notamment ceux liés à la Révolution haïtienne.

Le second enjeu tient à l’écart persistant entre les discours internationaux et les narratifs locaux. Alors que les cadres normatifs internationaux, notamment ceux portés par l’UNESCO, insistent sur la reconnaissance des tragédies de l’esclavage et sur une mémoire inclusive centrée sur les victimes, les discours institutionnels nationaux privilégient fréquemment une lecture héroïque de l’histoire, laissant dans l’ombre une part essentielle de cette mémoire collective.

En mobilisant une approche critique de la communication patrimoniale, cette communication propose une analyse du rôle central des pratiques discursives dans la construction des mémoires publiques. Elle souligne l’importance d’une politique de communication patrimoniale plus inclusive, capable d’articuler mémoire de la résistance et reconnaissance des souffrances, dans une perspective de justice mémorielle et de décolonisation des savoirs.

Cette contribution s’inscrit ainsi dans les débats contemporains sur la médiation du patrimoine, la colonialité de la mémoire et la responsabilité des institutions publiques dans la construction d’une mémoire collective plurielle, réflexive et socialement signifiante.