Comprendre comment on apprend est devenu un enjeu central à l’ère du numérique. Dans un contexte où les technologies, les plateformes collaboratives et l’intelligence artificielle s’invitent de plus en plus dans les pratiques éducatives, il devient nécessaire de repenser l’apprentissage autrement que comme un simple effort individuel. C’est précisément ce que m’a amené à faire un cours récent, en mettant en dialogue deux concepts clés : la cognition distribuée et l’apprentissage en profondeur.
Penser et apprendre : une activité fondamentalement collective
Pendant longtemps, apprendre a été conçu comme une activité strictement individuelle : réfléchir seul, mémoriser, restituer. Or, les sciences de l’apprentissage montrent aujourd’hui que cette vision est largement insuffisante. Le concept de cognition distribuée, développé notamment par Edwin Hutchins et repris par Sawyer, propose une autre lecture : la pensée ne réside pas uniquement dans le cerveau d’un individu, mais se déploie à travers les interactions entre les personnes, les outils et l’environnement.
Concrètement, cela signifie que lorsque nous travaillons en groupe, que nous utilisons un document partagé, un logiciel collaboratif ou une plateforme numérique, nous ne faisons pas que « nous aider ». Nous pensons ensemble, à travers ces dispositifs. L’environnement numérique devient alors une véritable mémoire collective, un espace où les idées circulent, se transforment et s’enrichissent au fil des échanges. Le résultat final dépasse souvent ce qu’une seule personne aurait pu produire.
Apprendre, dans cette perspective, n’est plus un acte solitaire. C’est un processus distribué, soutenu par un réseau d’humains et d’artefacts cognitifs.
L’intelligence artificielle : une menace ou un outil cognitif ?
Cette conception bouscule toutefois des représentations profondément ancrées, notamment lorsqu’il est question d’intelligence artificielle. Beaucoup se demandent : « Si j’utilise une IA pour reformuler un texte ou clarifier une idée, est-ce encore moi qui pense ? »
La cognition distribuée permet d’éclairer ce débat autrement. L’IA peut être comprise non pas comme une entité qui pense à notre place, mais comme un outil cognitif avancé, au même titre qu’un dictionnaire, un schéma ou un logiciel de traitement de texte — avec, bien sûr, des enjeux éthiques et critiques spécifiques. L’enjeu n’est donc pas de rejeter ces outils, mais d’apprendre à les utiliser de manière réflexive, en restant maître du sens et des décisions.
Aller au-delà de la mémorisation : l’apprentissage en profondeur
Un autre concept fondamental abordé dans ce parcours est celui de l’apprentissage en profondeur, tel que développé par Carl Bereiter. Apprendre en profondeur, ce n’est pas seulement accumuler des informations, mais comprendre, relier, expliquer et transférer les connaissances.
Contrairement à un apprentissage superficiel — souvent centré sur la mémorisation rapide pour réussir une évaluation — l’apprentissage en profondeur implique de s’engager avec la complexité : poser des questions, chercher le « pourquoi », établir des liens entre les concepts et les appliquer à des situations concrètes. Cette démarche favorise une compréhension durable et développe des compétences essentielles comme la pensée critique et la résolution de problèmes complexes.
Dans la pratique, cela peut passer par des activités de synthèse, de comparaison des théories ou de mise en situation, plutôt que par une simple lecture passive des contenus.
Apprendre à se connaître comme apprenant
Ce cours a aussi été l’occasion d’un retour réflexif sur mes propres pratiques d’apprentissage. J’y reconnais plusieurs forces : une curiosité intellectuelle marquée, un besoin constant de comprendre le sens des notions et une tendance naturelle à relier les nouvelles idées à mes connaissances antérieures. J’utilise également de nombreux outils — notes structurées, schémas, applications de gestion du temps — qui m’aident à organiser ma pensée et à réduire la charge cognitive. Sans le nommer ainsi, je mobilise déjà la cognition distribuée au quotidien.
Mais cette réflexion met aussi en lumière des points à améliorer. Mon intérêt pour l’approfondissement peut parfois me faire perdre de vue les contraintes de temps ou les priorités. Sous pression, il m’arrive aussi de retomber dans des stratégies d’apprentissage plus superficielles, efficaces à court terme mais peu durables.
Le véritable défi réside donc dans le développement de l’autorégulation : mieux planifier, clarifier mes objectifs, prendre du recul sur mes stratégies et maintenir une posture d’apprentissage en profondeur, même dans un contexte d’évaluation.
En conclusion
Penser l’apprentissage à travers la cognition distribuée et l’apprentissage en profondeur, c’est accepter que penser n’est jamais un acte isolé. C’est reconnaître que nous apprenons avec les autres, avec les outils et dans des environnements complexes. C’est aussi accepter que le véritable apprentissage demande du temps, de l’engagement et une réflexion constante sur nos propres pratiques.
À l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, cette posture me semble non seulement pertinente, mais indispensable.
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